04 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

Cernunnos

Nous avons déjà évoqué le dieu Cernunnos dans le texte de la vie et de la mort dans la catégorie croyances, ainsi que le monde souterrain. Nous allons développer ici celui que l’on nomme le Dis Pater, le père des richesses.

Cernunnos 2

Cernunnos, aussi nommé Cernunico, est parfois appellé le dieu cerf. Son nom peut à la fois signifier « cerf » et « cornu ». En effet, cornu se dit corniog en gallois et Kornek en breton, par ailleurs le mot breton kernen désigne le sommet de la tête. Le cerf se dit aussi carw en gallois et karv en breton.

 

Chez de nombreux peuples d’Europe, et jusqu’en Russie, a existé la croyance du monde souterrain, séjour des défunts. Les grecs et les romains l’on appelé les enfers, ce terme avait un sens différent de celui d’aujourd’hui. Car les enfers étaient le monde des défunts dans lequel régnait l’équité, il n’y avait ni riche ni pauvre, ni jeune ni vieux, ni puissants ni misérables. Mercure pour les romains, Hermes pour les grecs, protégeait les voyageurs par son casque orné d’ailes d’oiseaux, favorisait la chance, et veillait autant sur les vivants qu’il guidait les défunts dans l’au-delà. Au regard du sceptre de Mercure et de Hermes, autour duquel s’enroulent deux serpents, l’un étant la vie et l’autre étant la mort.

Dans son texte satyrique et provocateur du dialogue des morts, Lucien de Samosate explique que les défunts doivent passer le fleuve dans une barque fragile en donnant l’obole, et avant d’embarquer, ils doivent s’alléger en abandonnant au rivage l’or, les étoffes, les richesses, mais aussi la gloire, la vanité, l’orgueil, jusqu’à leur charme physique. Les fortunés ayant laissé sur terre gloire, richesse, et puissance pleurent leur prestige passé. Les pauvres et misérables viennent léger et se réjouissent de ce voyage dans l’autre monde. Ils sont arrivés nus à leur naissance dans le monde du vivant, aussi doivent-ils revenir nus dans l’au-delà. Au terme de la traversée, ils sont présentés au père des richesses, au maître du monde souterrain, Hades pour les grecs et Pluton pour les romains. Celui-ci analyse et fait un bilan, il a la capacité de permettre à l’âme une nouvelle incarnation, ou l’invite à l’un des diverses lieux de l’au-dela selon les mérites et les torts. De la sorte, le maître du monde souterrain est souvent lié à Mercure le guide et le protecteur, à Apollon le guérisseur et maître des sources curatives, et aux divinités de l’abondance tels Proserpine ou Mercure. En effet, il est le père des richesses. La vie semble surgir des entrailles de la terre, les arbres, les plantes, mais aussi les moissons de la terre et les récoltes.

 

En latin, Dis signifie richesse, opulence, et Pater signifie père. Le Dis Pater romain est Pluton, mais Jules César, au livre VI de la guerre des gaules, mentionne le Dis Pater celtique en ces mots : « Les gaulois se vantent d’être issus de Dis Pater, tradition qu’ils disent tenir des druides. C’est pour cette raison qu’ils mesurent le temps, non par le nombre des jours, mais par le nombre des nuits. Ils calculent le jour des naissances, le commencement des mois et celui des années, de manière à ce que le jour suive la nuit dans leur calcul« . Le rapport ici, entre Dis Pater et la nuit, est très claire. La nuit fait référence au monde souterrain, au monde noir, séjour des défunts, le Dumnos. En gallois et en breton, noir se dit Du, et Dubh en irlandais.

Tacite avait remarqué chez les dits germains un calcul analogue, il écrit « La nuit leur parait marcher avant le jour« . Pline l’ancien note la même observation pour les athéniens. Il écrivit au livre II (2) chapitre LXXIX (79) « Le jour lui-même a été déterminé de manières différentes. Les Babyloniens le comptent entre deux levers du soleil; les Athéniens, entre deux couchers; les Ombriens, de midi à midi; le vulgaire, de la lumière aux ténèbres« .

Dis Pater, le père des richesse, fut aussi appelé Pluton par les Romains. Aussi le mot pluton signifie le riche. Julius Firmicus Maternus rapporte, dans l’erreur des religions profanes au chapitre VI « Cérès n’avait qu’une fille, que les Grecs ont appelée Perséphone, et que les Latins, en changeant quelques lettres, ont appelée Proserpine. Elle fut recherchée en mariage par plusieurs partis. Pendant que la mère s’informait d’eux avec grand soin, et avant qu’elle se fût déterminée ni déclarée en faveur d’aucun, un homme de la campagne, qui pour ses grands biens avait été surnommé Pluton, c’est-à-dire riche, se s entant transporté par la violence de sa passion, la trouva proche du lac de Percus et l’enleva« . Concernant le terme Dis Pater, lié au monde souterrain et à la richesse, il le relie aux moissons de la terre et écrit au chapitre XIII « Ils ont cru que le mot de Dis, qui signifie les richesses, était un mot fort propre pour exprimer la nature de la terre, parce qu’elle reçoit dans son sein toutes sortes de biens et qu’elle les en fait ensuite sortir, ce qui montre, plus qu’aucune autre chose, ses richesses et son abondance. Ou a appelé la substance des biens et des fruits de la terre Proserpine, à cause qu’ils servent aux hommes aussitôt qu’ils ont été serrés. La terre même a été nommée Cérès, parce que l’on y sème les grains« .

 

Cernunnos porte le torque, marque celtique de prestige, deux ramures lui pousse sur la tête. Les ramures, telles des bois sortant du sol. Une interprétation moderne veut aussi que le bois du cerf, tombant en automne et repoussant au printemps, symbolise la mort et la vie, ce qui est fort bien avisé.

Cernunnos se tient généralement assis, et l’on devine ici le lien constant avec le sol. Il tient un serpent, celui que tient Sirona déesse de la guérison. Sirona et Grannos sont parèdre mais ils ont été associés à Apollon. Le serpent est aussi ceux présents sur le sceptre de Mercure. Sur l’Autel de Reims, il est d’ailleurs entouré de Apollon et Mercure.  Il verse d’un gros sac des grains pour nourrir le bétail. Le grain vient du sol, il nourrit la vie. Du dumnos nait le Bitus, du sol nait la vie. C’est pourquoi Cernunnos est regardé comme le dieu de la vie et de la mort. On le voit aussi porter une corne d’abondance sur d’autres représentations, comme Rosmerta ou Fortuna, incarnant l’abondance.

 

Le chaudron de Gundestrup découvert au Dannemark, en plus d’être une œuvre inestimable, est gravé d’informations précieuses.

Le voici représenté au millieu de feuilles évoquant la verdure, il est assis, le cou orné d’un torque, la tête surmontée de ramures de cerf, tenant d’une main un serpent et de l’autre un anneau.

Un cerf se tient à coté de lui, incarnant l’image du dieu cerf. En arrière plan se situent des bovidés ornés de cornes. Le bovidé est à la fois un animal royal, celui que l’on sacrifie, mais aussi la première richesse des tribus. Tacite écrit « Le troupeau est la seule richesse des germains, le bien qu’ils estiment le plus« .

cern

Une autre face du chaudron de Gundestrup semble représenter le cycle de vie, de mort et de renaissance. Une bande feuillue sépare le Dumnos du Bitus, le monde souterrain du monde des vivants. Des cavaliers cheminent sur le bitus, suivant un serpent. Puis, face aux carnyx sonnant depuis le Dumnos, les voici cheminant dans l’autre sens sans cheval. Ils tiennent chacun une ligne verticale, peut-être une corde voir une racine. Enfin, voici un chien, puis un personnage de grande taille sortant un humain d’une marmite pour retourner dans le monde du vivant. Le personnage de grande taille peut être un médecin ou une sage-femme, et le chaudron évoque l’utérus de la mère donnant la vie.

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Une face montre un personnage tenant une roue, probablement Taranis. Rappelons que dans les mythes grecs et romains, Hades est le frère de Zeus, et Pluton est le frère de Jupiter. Le sol a besoin de soleil et de pluie pour donner la vie. Un personnage imberbe fait tourner la roue, et au dessous de ce personnage est un serpent. Ce pourrait-il alors que ce personnage fut la déesse des saisons, fille du dieu céleste, et voici encore des animaux fabuleux allant dans un sens puis un autre. Aussi l’année est elle divisée en deux cycles, la période claire à la période sombre, la période sombre à la période claire.

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Les mythes grecs et romains rapportent que le dieu du monde souterrain eut épousé une fille du dieu céleste, la déesse des saisons, Proserpine pour les romains et Perséphone pour les grecs. Celle ci étant aussi la fille de la déesse de la terre, Demeter pour les grecs, Ceres pour les romains, laquelle est l’épouse de Zeus et de Jupiter.

Il est semble t’il une déesse dont il a été retrouvé de nombreuses traces, laquelle se nomme Areacura, Herecura ou Erecura. Son nom se retrouve en Allemagne, en Belgique, dans les Alpes, le long du Danube. Elle est considérée comme étant l’équivalent de la déesse romaine Proserpine et donc la parèdre féminine du Dis Pater.

Si l’on prête a Erecura une traduction latine, on peut aussi lui trouver un rapprochement celtique avec l’est, lieu du soleil levant, dit Are, en breton Reter, en Gallois Ear. En gallois, Ear Chw’r peut signifier coté de l’est.

Cependant, Erecura ou Herecura associée à Proserpine, semble en occuper les mêmes propriétés, à savoir déesse des périodes claires et sombres, liée au monde souterrain autant qu’au ciel et à la terre, et épouse du dieu du monde souterrain. On peut alors rapprocher Herecura au gallois ancien Cheredig, devenu caredig, ceredig, et signifiant aimable, chère, bienveillante. Ou encore au gallois ancien cheradwy devenu caradwy, ceradwy, signifiant aimée, chère.

Bien que la déesse romaine et grecque Maia soit représentée aux cotés de Hermès et Mercure, et que Rosmerta soit aussi représentée aux cotés de Mercurio, il se peut que Ceres et Demeter puissent être équivalentes à Rosmerta, et que maia épouse de Jupiter soit aussi Ceres et Demeter.

 

Bien que les moeurs et coutumes Spartes soient  assez différentes des autres cultures antiques dont grecques, il est un fait intéressant à constater, En effet, les Spartes fêtaient le dieu Apollon Karneios, soit Apollon cornu, durant les jours des Karneia marquant l’équivalent de la période claire à la période sombre au moment des vendanges.Apollon Karneios le solaire, ayant présidé durant la saison claire, laissant place à Dionysos pour la saison sombre, celui-ci étant également cornu. Jusqu’aux célébrations des Hyacinthies, ou Hyakinthia, marquant le passage de la période sombre à la période claire et le retour de Apollon Karneios.

Cernunnos peut être assimilé à Apollon autant qu’il l’est à Mercure, comme le rappelle l’autel de Reims. Car les sources curatives sont particulièrement vénérées car elles émergent du monde souterrain qui est le lieu des ancêtres et des divinités du monde souterrain. Sur le chaudron de gundestrup, on peut voir apparaître sur le fond, derrière la représentation du dieu cornu, un personnage chevauchant un poisson, qui fut une autre manière de représenter Apollon. Celui-ci tient un serpent dans la main, animal lié à la vie et au monde souterrain, ainsi qu’à la médecine, tel celui que tient Hygie et Sirona. C’est pourquoi le Apollon Karneios des Spartes célébré lors de la Karneia en Grèce, peut faire subtilement référence au Cernunnos celtique lié au monde souterrain et particulièrement célébré à Samonios durant le passage de la période claire à la période sombre, durant laquelle les ancêtres sont honorés.

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