06 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

Druides, Vates, Bardes

 

Il est évoqué ici les fonctions importantes de la société celtiques. Les druides, retranscrits par le mot druis en latin. Ce mot peut se traduire par le gallois drwy, signifiant intermédiaire, au travers de, par le biais. Le druide est l’intermédiaire entre les divinités et les humains, bien qu’ils considèrent les animaux comme les véritables messagers divins.

Le druide est aussi un administrateur, un juge et un enseignant.

Le vate est l’individu lisant dans les entrailles des animaux sacrifiés, comme le faisaient aussi les étrusques et le romains. De même, ils observent le vol des oiseaux et interprètent leurs chants, comme le firent aussi les romains lors de l’élection du roi Numa en demandant confirmation par les dieux.

Le barde est la personne chantant sur la lyre les textes sacrés ou les éloges. Bardd, en gallois, signifie poète.

Il est quantité de témoignages ancien sur ces fonctions, lesquels seront présentés et commentés. Les auteurs se reprenant et se copiant les uns avec les autres, cela donne lieu à des dires similaires.

 

Strabon, géographie, livre IV chapitre IV; « Chez tous les peuples gaulois sans exception se retrouvent trois classes d’hommes qui sont l’objet d’honneurs extraordinaires, à savoir les bardes, les vates et les druides. Les bardes, autrement dit les chantres sacrés. Les vates, autrement dit les devins qui président aux sacrifices et interrogent la nature. Enfin, les druides qui, indépendamment de la physiologie ou philosophie naturelle, professent l’éthique  ou la philosophie morale. Ces derniers sont réputés les plus justes des hommes, et à ce titre, c’est à eux que l’on confie l’arbitrage des contestations publiques et privées« .

Jules Cesar, dans la guerre des Gaules, livre VI, confirme le rôle de juge chez les druides; « Les druides connaissent presque toutes les contestations publiques et privées. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a eu lieu, s’il s’élève un débat sur un héritage ou sur les limites, ce sont eux qui statuent. Ils dispensent les récompenses et les peines. Si un particulier ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices (…) ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels (…) ils n’ont part à aucun honneur« .

Cela en dit long sur l’influence immense du druide sur le peuple, et il est probable que des abus de pouvoir eurent pu être commis comme dans toutes les sociétés où les pouvoirs religieux sont illimités.

Les druides eux même obéissaient à un chef des druides puissant, dont la place était convoitée par les prétendants au point de s’affronter par les armes malgré le vote des druides au successeur. Jules Cesar écrit dans la guerre des Gaules livre VI : « Tous ces druides n’ont qu’un seul chef dont l’autorité est sans bornes. À sa mort, le plus éminent en dignité lui succède ; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l’élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes« . 

 

Le druide est aussi un enseignant et un éducateur pour la jeunesse. Jules césar écrit aussi au livre VI « Des deux classes privilégiées, l’une est celle des druides, l’autre des chevaliers. Les premiers, ministres des choses divines, sont chargés des sacrifices publiques et particuliers, et sont les interprètes des doctrines religieuses. Le désir de l’instruction attire auprès d’eux un grand nombre de jeunes gens qui les ont en grand honneur ». Il écrit encore « Le mouvement des astres, l’immensité de l’univers, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont en outre les sujets de leur discussions. Ils les transmettent à la jeunesse ». Pomponius Mela le confirme; « Les gaulois ont une certaine érudition et des maîtres de sagesse, les druides. Ces maîtres font profession de connaître la grandeur et la forme de la terre et du monde, les révolutions du ciel et des astres, et la volonté des dieux« . Le calendrier de Coligny témoigne d’un soucis particulier à calculer le temps et les évènements importants selon la lune et les mois, ajoutant un treizième mois pour compenser le décalage lunaire et solaire sur quelques années.

Les romains, connaissant eux-mêmes la forme sphérique de la terre, les pôles et l’équateur, l’hémisphère nord et sud, n’ont rien relevé de différent à leur conception de la terre chez les celtes. Cela entend que les druides connaissaient aussi la forme sphérique de la terre, sans quoi une terre plate eut pu choquer les romains, lesquels n’auraient pas manqué de le signaler.

 

Il est un fait, que les druides ne participent pas aux guerres, et qu’ils ont en outre la capacité d’arrêter un conflit. Jules Cesar, guerre des Gaules chapitre VI; « Les druides ne vont point à la guerre et ne paient aucun des tributs imposés aux autres gaulois. Ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges ». Strabon, livre IV capitre IV; « On les a vu quelque fois arrêter les parties belligérantes comme elles étaient sur le point d’en venir aux mains« . Diodore de Sicile; « Ces philosophes, de même que les poètes, ont un grand crédit parmi les gaulois, dans les affaires de la paix et dans celles de la guerre. Et ils sont également estimés des nations alliés et des nations ennemies. Il arrive souvent que, lorsque deux armées sont prêtes à en venir aux mains, ces philosophes se jettent tout à coup au milieu des piques et des épées nues, ces combattants apaisent aussitôt leur fureur comme par enchantement et mettent les armes à bas« .

Cependant on observe la même chose chez les romains, ainsi que le rapporte Apien; « Sur ces entrefaits, descendait du capitole un prêtre nommé Dorson, qui avait à faire à ce moment de l’année un sacrifice dans le temple de Vesta. Il passa avec les objets sacrés au travers des ennemis étonnés par son audace ou remplis de respect par sa piété, son air de majesté sacré. Et ce prêtre, qui pour accomplir un devoir sacré, avait bravé le danger, dut son salut à ces cérémonies sacrées. Et il en fut ainsi, à ce que dit Cassius de Rome« .

Diogène de Laerce rapporte des druides « Ceux qui vont chercher l’origine de la philosophie chez les barbares, indiquent aussi les particularités de leurs doctrines. Ainsi ils disent que les gymnosophistes et les druides s’énonçaient en termes énigmatiques et sententieux, qu’ils recommandaient d’honorer les dieux, de s’abstenir du mal et de s’exercer au courage. On trouve aussi dans le douzième livre de Clitarque que les gymnosophistes professaient le mépris de la mort« . Ces règles pourraient alors se résumer de la sorte :

- Honore les dieux et déesses

- Ne fait pas le mal (vol d’un bien ou d’une offrande, trahison et meurtre au sein de la tribu)

- Sois courageux

- Ne craint pas la mort (car l’âme survit dans l’au delà)

On peut attribuer la notion de s’abstenir de faire le mal, en la qualité de juge qui incombait aux druides. Le mépris de la mort vient de la croyance en l’âme immortelle et en une vie après la mort.

 

Venons en désormais aux bardes et aux Vates. Diodore de Sicile, livre V, utilise le terme singulier de Saronides pour désigner semble t’il les druides; « Ils sont cependant spirituels et capables d’érudition. Leurs poètes, qu’ils appellent Bardes, s’occupent à composer des poèmes propres à leur musique, et ce sont eux mêmes qui chantent, sur des instruments presque semblables à nos lyres, des louanges pour les uns, des invectives pour les autres. Ils ont aussi chez eux des philosophes et des théologiens appelés Saronides, pour lesquels ils sont remplis de vénération. Ils estiment fort ceux qui découvrent l’avenir, soit par le vol des oiseaux, soit par l’inspection des entrailles des victimes (comprenez, sacrifice d’animaux), et tout le peuple leur obéit aveuglément« . La lecture des entrailles était également pratiquée par les etrusques et les romains. Tacite note un fait semblable en Germanie; « On exige encore que les auspices confirment la réponse, car on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux (…) il n’est pas d’augures plus décisifs, non seulement pour le peuple, mais aussi pour les prêtres, qui croient que les animaux sont les confidents des dieux, dont eux ne sont que les ministres« . Il est ici le soucis de confirmer les présages une deuxième fois. Lorsque l’on prend une décision sur un support aussi aléatoire que le hasard, il est effectivement plus prudent de vérifier plusieurs fois avant de se prononcer.

Pline l’Ancien nous donne des exemples d’interpretation lesquels étaient  d’usage chez les romain, dans le livre X (10) chapitre XIV (14) et XV (15) :

« La corneille a un croassement babillard, qui est de mauvais augure; quelques-uns cependant le regardent comme favorable« 

« La corneille est le plus défavorable pour les auspices au temps de la couvaison, c’est à dire après le solstice d’été« 

« Les corbeaux, dans les auspices, paraissent seuls à comprendre ce qu’ils annoncent (…)« 

« ils (les corbeaux) sont du plus mauvais augure quand ils gloussent comme si on les étranglait« 

Plutarque, évoquant la vie de Numa, un des premiers rois romains, relate la manière dont furent consulter les oiseaux afin de confirmer les oracle et permettre à Numa d’être reconnu comme roi. Il écrit : « Là, le principal augure lui voila la face, le tourna vers le midi, et, se tenant derrière Numa, lui imposa la main droite sur la tête, fit une prière, et porta sa vue de tous les côtés, pour observer ce que les dieux feraient connaître par le vol des oiseaux ou par d’autres signes. Cependant un silence incroyable régnait dans cette foule qui remplissait le Forum : tous les esprits attendaient en suspens ce qui allait arriver, jusqu’à ce qu’enfin il parut des oiseaux de bon augure, et qui tirèrent à droite. Alors Numa prit la robe royale, et il descendit de la citadelle, pour se rendre au milieu du peuple« . 

Car alors, la droite était considérée comme favorable, et la gauche comme sinistre.

Cet épisode est encore rapportée par Tite-Live au livre II chapitre XVIII, celui-ci mentionne la prière et semble associer l’oiseau à Jupiter, ce qui est propre au monde céleste « Mandé à Rome, il voulut, à l’exemple de Romulus, qui n’avait jeté les fondements de la ville et pris possession de la royauté qu’après avoir consulté les augures, interroger les dieux sur son élection. Un augure, qui dut à cet honneur de conserver à perpétuité ce sacerdoce public, conduisit Numa sur le mont Capitolin. Là, il fit asseoir sur une pierre le nouveau roi, la face tournée au midi, et lui-même, ayant la tête voilée, et dans la main un bâton recourbé, sans noeuds, appelé ‘lituus’, prit place à sa gauche. Alors, promenant ses regards sur la ville et la campagne, il adressa aux dieux ses prières; il traça en idée des limites imaginaires à l’espace compris centre l’Orient et l’Occident, plaçant la droite au midi et la gauche au nord; puis, aussi loin que sa vue pouvait s’étendre, il désigna, en face de lui, un point imaginaire. Enfin, prenant le ‘lituus’ dans la main gauche, et étendant la droite sur la tête de Numa, il prononça cette prière :

« Grand Jupiter, si la volonté divine est que Numa, dont je touche la tête, règne sur les Romains, apprends-nous cette volonté par des signes non équivoques, dans l’espace que je viens de fixer. »

Il définit ensuite la nature des auspices qu’il demandait, et lorsqu’ils se furent manifestés, Numa, déclaré roi, quitta le temple« .

 

Il est un fait, que les celtes outre-rhin tenaient la femme pour presque divine et probablement devin. Tacite note; « ils croient qu’il y a dans ce sexe quelque chose de divin et de prophétique, aussi ne dédaignent-ils pas ses conseils, et font ils grand cas de ses prédictions« .

 

Une gravure du chaudron de Gundestrup semble évoquer l’intervention des oiseaux messagers divins, et le message délivré au vate.

gundestrup 1 - Copie

 

Concernant les bardes, deux écrits se rejoignent, Jules Cesar, la Guerre des Gaules, livre VI; « Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cette discipline« , Pomponius Mela; « Ils communiquent une foule de connaissance aux plus distingués de la nation, qu’ils instruisent secrètement pendant vingt années au fond des cavernes et des bois les plus retirées« . Jules césar précise aussi que « Il n’est pas permis de confier ces vers à l’écriture, tandis que, dans la plupart des  affaires publiques et privées, ils se servent de lettres grecques« . Car les celtes écrivaient, gravaient sur le bronze et la pierre, même les noms des divinités et les inscriptions religieuses. Seuls les chants sacrés étaient transmis de mémoire en mémoire à travers le temps.

Mais le barde pouvait aussi improviser, et divertir la cour. Posidonios d’Apamée relate une scène; « Une fois que ce même prince avait donné un grand festin à un jour fixé d’avance, un poète de chez ces barbares était arrivé trop tard. Il alla au devant de Louernos avec un chant où il célébrait sa grandeur, en gémissant du retard dont il portait la peine. Le prince, amusé par ces vers, demanda une bourse d’or et jeta au barde courant à coté, lequel ramassa et fit entendre un nouveau chant, disant que les traces laissées sur la terre par le char du prince étaient des sillons qui portaient pour les hommes de l’or et des bienfaits« .

Posidonios d’Amapée présente les Bardes ainsi : « Les Celtes emmènent avec eux, même à la guerre, de ces commensaux qu’on appelle parasites. Ces parasites célèbrent les louanges de leurs patrons et devant des assemblées nombreuses et même devant quiconque veut bien en particulier leur prêter l’oreille. Ces personnages qui se font entendre ainsi sont ceux qu’on appelle Bardes : ce sont aussi les poètes qui dans leurs chants prononcent ces éloges« .

Cela n’est du reste point une pratique exclusivement celtique, et l’on se rappellera aussi les mots de Pythagore rapportés par Diogène Laerte, livre VIII; « chantez sur la lyre, et témoignez par des hymnes votre reconnaissance aux dieux et aux hommes vertueux« .

Voici donc ce que rapporte les récits anciens sur les fonctions de druides, vate et barde. Cela se rapporte à une époque très ancienne, des époques pour être précis, qu’il ne faudrait pas trop idéaliser. Les coutumes des tribus celtiques pouvaient être très proches voir identiques aux peuples voisins comme les étrusques, les romains, les grecs et d’autres. Partout dans ces civilisations et au delà de la méditerranée, il fut des sacrifice bovins, un temple, un panthéon, des offrandes, des prêtres, des banquets, des devins lisant dans les tripes. Et de fait, les tribus celtiques étant elles mêmes nuancées, nous ne pouvons guère séparer les celtes et les civilisations méditerranéennes en deux cultures comme si l’on coupait l’Europe à la Hache. Ce ne fut que des influences mouvante d’une civilisation à l’autre, entre la Grèce et le pays ligure, entre l’Illyrie et le Danube, entre l’Etrurie, Rome et la Cisalpine, Entre Haalstatt et les régions voisines.

 

Il me parait important de rajouter que d’aucune manière le druide ne peut se prétendre chamane. Car le mot chamane est propre à la Sibérie, et son utilisation serait une réappropriation culturelle. Dans le respect des cultures du monde, on parle d’un homme médecine en Amérique du nord, un (ou une) chamane en Sibérie, et un druide pour ce qui est de la culture celtique.

Pline l’ancien rapporte que les druides ont exagéré leur autorité par la superstition de la magie, et que l’empereur Tibère ayant reigné de l’an 14 à l’an 37, eut mit fin à ces agissements jouant de la crédulité du peuple et des pouvoirs de l’aristocratie religieuse. Ainsi Pline l’ancien écrit au livre XXX (30) texte IV(4) :

« Les Gaules ont été aussi possédées par la magie, et même jusqu’à notre temps; car c’est l’empereur Tibère qui a supprimé leurs druides, et cette tourbe de prophètes et de médecins. Mais à quoi bon rapporter ces prohibitions au sujet d’un art qui a franchi l’Océan, et qui a pénétré jusqu’où cesse la nature? La Bretagne cultive aujourd’hui même l’art magique avec foi et de telles cérémonies, qu’elle semblerait l’avoir transmis aux Perses. Ainsi tous les peuples, quoiqu’en discorde et inconnus les uns aux autres, se sont accordés sur ce point. On ne saurait donc suffisamment estimer l’obligation due aux Romains pour avoir supprimé ces monstruosités dans lesquelles tuer un homme était faire acte de religion »

La notion de magie n’est pas censé intervenir dans le paganisme celtique. Car il s’agit d’abord d’une spiritualité très concrète dans laquelle est célébrée la paysannerie, le cycle de l’année, l’artisanat, la fertilité du sol, les manifestations du ciel. Mais aussi car il est célébré l’ordre, et l’idée de magie correspondrait au désordre ou au chaos venant perturber l’ordre du monde. C’est pourquoi la magie n’est pas compatible avec la spiritualité celtique, et que au contraire nous honorons l’ordre du monde qui ne saurait point être perturbée.

 

 

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