01 avril 2018 ~ 0 Commentaire

La cueillette du Gui

mont blanc - Copie

La cueillette du Gui fait partie de l’image retenue dans la pensé populaire au sujet des druides. Cette image provient d’un texte de Pline l’ancien, dans le livre XVI (16) texte XCV (95), dans laquelle il relate une scène de la cueillette du Gui. Cette plante fut nommée remède universel et sa cueillette s’inscrivait dans un contexte à la fois médicinal et religieux, encadré par un protocole stricte. Car il était des priorités à cette époque, à savoir la guérison des maladies, la fertilité des femmes, la bonne santé des animaux de la ferme. Précisons que je gui est un fruit toxique, il ne s’avale pas. Les celtes en fabriquaient de la glue et l’appliquaient en onguent pour soigner les maladies.

Ainsi, il écrit :

Il y a trois espèces de gui : le gui qui vient sur le sapin et le mélèze se nomme stelis (loranthus europaeus, L.) en Eubée. L’hyphéar (viscum album, L. } est une espèce de gui qui vient en Arcadie. Quant au gui proprement dit, d’après la plupart des auteurs, il croît sur le chêne, le rouvre, le prunier sauvage, le térébinthinier, à l’exclusion de tous les autres arbres. Le gui est très abondant sur le chêne; et en l’y nomme dryos hyphéar (gui de chêne). Sur tous les arbres, excepté sur l’yeuse et le chêne, on distingue le gui proprement dit des deux autres espèces par la mauvaise odeur du fruit et par l’odeur des feuilles, qui n’est pas non plus agréable; le fruit et la feuille dans le gui sont amers et gluants. L’hyphéar vaut mieux pour engraisser les animaux ; il commence d’abord par purger, puis il engraisse ceux qui ont résisté à la purgation. On dit que les animaux qui ont quelque vice intérieur n’y résistent pas. Ce traitement se fait en été, et dure quarante jours.

Autre différence : le gui sur les arbres dont les feuilles tombent perd aussi ses feuilles; au contraire, il demeure toujours vert sur un arbre à feuillage éternel. De quelque façon qu’on le sème. Il ne pousse jamais; il faut qu’il ait été avalé, puis rendu par les oiseaux, surtout les pigeons ramiers et les grives. Telle est la nature de cette plante: elle ne pousse qu’après avoir été mûrie dans le ventre des oiseaux. Ce gui ne dépasse jamais une coudée de haut; il est toujours vert et rameux. Le mâle est fertile, la femelle est stérile; quelquefois même le mâle l’est aussi.

La glu se fait avec les baies du gui, que l’on récolte avant la maturité, au temps des moissons; car si elles ont été mouillées par les pluies, elles croissent, il est vrai, en grosseur, mais elles perdent de leur qualité pour la fabrication. On les sèche, on les pile à sec, on les met dans l’eau, et on les y laisse pourrir pendant douze jours environ: c’est le seul objet que la putréfaction améliore. Puis on les pile de nouveau dans de l’eau courante avec un maillet; l’enveloppe s’en va; reste la pulpe intérieure, devenue visqueuse. C’est là la glu; il suffit que les oiseaux y touchent de leur aile pour s’y prendre; on l’amollit avec de l’huile quand on veut dresser des piéges.

Il ne faut pas oublier à propos du gui l’admiration que les Gaulois ont pour cette plante. Aux yeux des druides (c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages) rien n’est plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, si toutefois c’est un rouvre. Le rouvre est déjà par lui-même l’arbre dont ils font les bois sacrés; ils n’accomplissent aucune cérémonie religieuse sans le feuillage de cet arbre, à tel point qu’on peut supposer au nom de druide une étymologie grecque (δρῦς, chêne). Tout gui venant sur le rouvre est regardé comme envoyé du ciel: ils pensent que c’est un signe de l’élection que le dieu même a faite de l’arbre Le gui sur le rouvre est extrêmement rare, et quand on en trouve, on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois. de leurs années et de leurs siècles, qui durent trente ans : jour auquel l’astre, sans être au milieu de son cours, est déjà dans toute sa force.

Ils l’appellent d’un nom qui signifie remède universel. Ayant préparé selon les rites, sous l’arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche, dont les cornes sont attachées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre, et coupe le gui avec une serpe d’or; on le reçoit sur une saie blanche; puis on immole les victimes, en priant que le dieu rende le don qu’il a fait propice à ceux auxquels il l’accorde. On croit que le gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile, et qu’il est un remède contre tous les poisons. Tant, d’ordinaire, les peuples révèrent religieusement des objets frivoles !

 

Il faut aussi ajouter à ce texte ci dessus, une autre précision de Pline l’Ancien dans son livre XXIV (24), texte VI (6), traitant la manière et la raison pour laquelle était utilisé le gui.

Il écrit :

 Nous avons dit que le meilleur gui est celui du chêne, et nous avons indiqué la manière de faire la glu (XVI, 11, 93, 94). Quelques-uns, après l’avoir concassé, le font bouillir dans l’eau jusqu’à ce que la glu surnage. D’autres mâchent les grains et rejettent la peau. La meilleure glu est celle où il ne se trouve pas de peau, qui est très légère, jaune en dehors, verte en dedans, et d’une viscosité parfaite. Elle amollit et résout les gonflements, elle dessèche les écrouelles; avec de la résine et de la cire, elle guérit les tumeurs de tout genre; quelques-uns y ajoutent du galbanum, en mettant une dose égale de chaque ingrédient, et ils se servent de cette préparation pour les plaies. La glu polit les aspérités des ongles ; mais il faut l’enlever au bout de sept jours, et laver les ongles avec du nitre. Quelques-uns, par superstition, pensent que le gui est plus efficace cueilli sur le chêne au commencement de la lune et sans avoir senti l’atteinte du fer; qu’il guérit l’épilepsie s’il n’a point touché la terre; qu’il fait concevoir les femmes qui en portent toujours sur elles ; que mâché et appliqué sur les ulcères il est souverain pour leur guérison.

 

Tel est le témoignage duquel découle le rite de la cueillette du Gui, et aussi la raison pour laquelle on eut pensé que le druide était vêtu de blanc durant les cérémonies.

La cueillette se pratiquait donc au commencement de la lune, le sixième jour de la lune qui en est le premier quartier. Le gui ne devait pas être touché par du fer et était donc coupé avec une serpe d’or ou ressemblant à de l’or pour un observateur extérieur, peut être de bronze. Pline l’ancien donne au gui du chêne le nom de Dryos Hyphéar, lequel était d’usage médicinal à l’époque et dont la préparation également connu des romains était complexe. Dryos Hyphear vient du grec ancien, on dira aussi druos huphéar. Les romains nomment le Gui viscum ou visco, dont semble découler d’ailleurs le mot visqueux en référence à la glue. Le mot grec huphéar semble aussi avoir été utilisé par les celtes, ainsi le gui eut été nommé (h)uchelwydd et (h)uchelfar en gallois, ainsi que uhelvarr en breton.

De nos jours, les études médicales valident ou écartent les hypothèses d’autrefois afin de ne garder que les molécules actives, afin que la médecine soit moins superstitieuse et plus efficace.

La cueillette du gui dans le rituel paien, étant à l’origine à destination d’une préparation médicinale compliquée, ne semble guère utile de nos jours si ce n’est le rituel par lui-même et une reproduction symbolique du gui cueilli posé sur un linge blanc. Il se pratique, à titre de repère, au quatrième jour du mois de Riuros. Ce jour est marqué du terme de Brigiomu Riuro. Aussi, par un étrange concours de circonstance, le mot gallois Brig signifie cîme des arbres, hautes branches, et se prête bien à la cérémonie de la cueillette du gui. Bien que la réelle signification du mot Brigiomu demeure incertaine.  

 

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