08 février 2019 ~ 0 Commentaire

Offrandes et Sacrifices

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En celtique ancien reconstruit, le mot désignant à la fois offrande et sacrifice est Adberto. Ce mot trouve son rapprochement avec le gallois Aberth et Iobairt en Irlandais et Gaelique. Dans la langue celte, offrande et sacrifice sont deux synonymes.

Les offrandes sont communes à tous les rituels de l’antiquité, et se ressemblent souvent. Nous allons voir ici les différents types d’offrandes en usage dans l’antiquité.

 

Les offrandes alimentaires.

Les offrandes dits alimentaires concernent en particulier le pain, le vin et les fèves.

Plutarque, dans la vie du Numa écrivait « Il avait défendu, par exemple, de faire des libations aux dieux avec le vin d’une vigne non taillée, et de sacrifier jamais sans farine » et indique « Les deux premières ordonnances semblent recommander la culture de la terre, comme étant une partie de la religion« . Dans les gaules, le pain et le vin étaient sacrifiés pour la récolte des plantes sacrés, et les druides n’en étaient pas à quelques superstitions. Pline l’ancien écrit au livre XXIV (24) chapitre LXII (62) : « On la cueille sans l’entremise du fer, avec la main droite passée à cet effet par l’ouverture gauche de la tunique, comme si on voulait faire un larcin; Il faut être couvert d’un vêtement blanc, avoir les pieds nus et bien lavés, et avoir préalablement sacrifié avec du pain et du vin. On l’emporte dans une serviette neuve. Les druides gaulois ont prétendu qu’il faut toujours l’avoir sur soi contre les accidents, et que la fumée en est utile pour toutes les maladies des yeux« .

Pline l’ancien, au livre XVIII (18) chapitre XXX (30), écrit : « Dans les rites antiques, la bouillie de fève a son rôle religieux en l’honneur des dieux. La fève se mange généralement en bouillie; On pense qu’elle engourdit les sens, et qu’elle ne produit que des songes illusoires. Pythagore en condamne l’usage pour cette raison; Mais suivant d’autres, parce que l’âme des morts sont dans les fèves. C’est cette dernière opinion qui a fait que l’on en prend dans les repas funèbres des Parentales. D’après Varron, le flamine n’en mange pas pour la même cause, et aussi parce que l’on trouve dans la fleur de la fève des lettres lugubres« .

La fève contenant l’âme des morts est d’avantage à interpréter comme étant lié au monde souterrain, le royaume des défunts, tout comme la céréale également née du sol et utilisée en offrande.

Dans les Gaules, les fèves ont aussi été utilisés dans les rituels. Ainsi dans le recueille de Jean Deslyons collectant les semons envers le paganisme et intitulé « Discours ecclésiastiques contre le paganisme et des rois de la fève », dans lequel il créé un parallèle entre la fête de l’épiphanie et la célébration ancienne de Phébus, nom solaire de Apollon. Et lequel en Gaule a l’équivalent de Grannos et éventuellement Belenos. Apollon dont l’église aurait renommé Jesus. il est dit dans ce sermon « Dire « Phoebe Domine » cela signifie Seigneur Phoebus », et c’est invoquer le soleil par son nom. Dire Faba Domine, cela signifie Dieu ou Seigneur de la fève, vient ici à la benediction, et à la distribution de ce gâteau« . ajoutant « nous savons que ces misérables peuples divinisaient jusqu’aux choux et aux oignons de leurs jardins. Mais surtout la fève leur était si sainte, qu’ils n’osaient ni en semer, ni en manger, ni même la regarder des yeux, mais ils la tenaient dans un temple, cachée d’un voile, comme un grand mystère« .

Au sujet de l’oignon, celui-ci bénéficiait aussi d’une observation sacrée. Plutarque, dans la vie de Numa, indique le sacrifice des oignons. Il écrit « ils lui enseignèrent l’expiation des foudres, telle qu’on la pratique de nos jours, par le moyen d’oignons, de cheveux et d’anchois« . 

 

Les sacrifices d’animaux

Les sacrifices d’animaux n’ont plus cours dans le paganisme actuel, cela irait à l’encontre des valeurs du respect de la vie. Néanmoins le sacrifice des poules peut exister de manière très marginale.

Durant l’antiquité, se pratiquait le sacrifice des animaux et en particulier des animaux de la ferme pour les banquets. Soit des ovins, des caprins, des bovidés. Ces sacrifices d’animaux se suivaient d’un banquet rituel lequel assurait l’ordre social de la société et les liens entre les celtes, mais il avait également l’aspect mystique de la divination par les viscères. Cette forme de divination était par ailleurs pratiqué dans de nombreuses civilisations antiques. Diodore de Sicile écrivait au livre V «  Ils ont aussi chez eux des philosophes et des théologiens appelés Saronides, pour lesquels ils sont remplis de vénération. Ils estiment fort ceux qui découvrent l’avenir, soit par le vol des oiseaux, soit par l’inspection des entrailles des victimes (animaux sacrifiés), et tout le peuple leur obéit aveuglément« . Les Saronides, ou philosophes, sont les druides. Le peuple leur obeit, non par aveuglément, mais parce qu’il ne lui était pas donné le droit de contredire les druides. En effet, Jules Cesar, dans le livre de la Guerre des Gaules au livre VI, écrit : « Si un particulier ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices« .

Le chien est un exemple atypique. Son sacrifice semble remonter à des temps très anciens, il était sacrifié lors des Lupercales par les romains, mais on trouve aussi des restes de chien ou de loup dans les banquets gaulois. Par ailleurs, le chaudron de Gundestrup montre, sur le fond, un personnage muni d’une épée et un chien. Aurait-il existé des Lupercales gauloises ? Concernant les Lupercales romaines Plutarque explique dans la vie de Romulus que la fête du loup est aussi observée chez les grecs et que celle-ci est très ancienne. Il écrit au chapitre XXVII (27) : « celle des Lupercales, à en juger par l’époque de sa célébration, doit être une fête d’expiation : c’est le jour le plus malheureux du mois de février ; et le nom même de ce mois signifie expiatoire. Ce jour s’appelait anciennement Februata. Le nom de la fête veut dire en grec la fête des loups ; cela prouve qu’elle est très ancienne, et qu’elle date du temps des Arcadiens qui suivirent Évandre en Italie ; c’est du moins l’opinion commune ». Il évoque le sacrifice du chien « Une autre particularité de cette fête, c’est que les luperques y sacrifient un chien« . Et à nouveau, il créé un parallèle avec les grecs : « Quant au chien qu’on sacrifie, si cette fête est réellement un jour d’expiation, il est immolé sans doute comme une victime propre à purifier. Les Grecs eux-mêmes se servent de ces animaux pour de semblables sacrifices« . Si les grecs et les romains ont sacrifié le canidé dans les rites de purification, il est bien probable que les celtes en firent de même D’autant que ces peuples ont été en contact permanent depuis au moins le début de l’âge du fer. Toutefois, les textes anciens ne le précisent pas.

Cela étant, la pratique du sacrifice animal était déjà contesté par certains sages de l’antiquité. Nous savons que Pythagore avait défendu le sacrifice animal dans les temples. Plutarque rapporte du roi romain Numa, que ce dernier avait demandé la même recommandation du temps de son règne « Ses sacrifices répondaient fort aussi aux rites pythagoriciens : il n’y en avait pas de sanglants ; et on y usait ordinairement de farine, de libations, et d’autres choses très-simples« .

 

Les offrandes de métaux

Certes, ce type d’offrande s’applique aux marchands, philosophes ou aristocrates. Les offrandes de métaux pouvaient consister en un ouvrage finement décoré commandé à un artisan, en pièces de monnaie, en barres de métaux. Il n’était pas permis de voler une offrande, sous peine de condamnation. 

Diodore écrit « Dans leur pays, le pavé des temples est semé de pièces d’or que l’on a offert aux dieux. Mais quoi que tous les celtes soient extrêmement avares, pas un d’eux n’ose y toucher, tant la crainte des dieux est imprimée dans leur âme« . Strabon évoque aussi la superstition et la piété des gaulois «  La richesse s’y était accumulé, la piété multipliant les offrandes, en même temps que la superstition empêchait d’y porter la main« . Plus concret et objectif, Jules Cesar évoque surtout la peine infligée pour le vol d’une offrande « Il n’arrive guère, qu’au méprit de la religion, un gaulois ose s’approprier clandestinement ce qu’il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le plus cruel supplice et la torture sont réservés pour ce larcin« . La crainte de la punition expliquait bien davantage la raison de la réticence des gaulois à toucher les offrandes, bien plus efficace que la piété et la superstition. Strabon relate toutefois un fait concernant le vol d’une offrande « c’est pour avoir touché à ces trésors sacrés, que Cæpion finit ses jours si misérablement, loin de sa patrie d’où il avait été chassé comme sacrilège« .

Une offrande de ce type pouvait être suivie d’une stèle en remerciement du voeux si les attentes avaient été comblées. La forme celtque était « Dede Bratou decanten », signifiant « a donné la dîme ». La dîme se retrouve en gallois par le mot Degwm.

L’inscription des dix nuits de Grannos mélange le latin et le celtique, elle termine par la forme DSPD, plus précisément « De Sua Pecunia Dedit », signifiant en latin « a donné cet argent de sa poche ».

Une autre forme latin est Votum Solvit Libens Merito, signifiant « a volontier accompli son voeu », et simplifiée par les initiales VSLM.

 

Les sacrifices humains

Le sacrifice humain est une réalité, et l’on en retrouve les traces dans ce que l’on nomme les momies des tourbières, ou Bog Body. Il s’agissait en particulier de prisonnier de droits communs ayant commis des larcins. Les druides étaient eux mêmes juges, et sacrifiaient les condamnés. Jules César écrit au livre  VI (6) chapitre XVI (16) « Ils pensent que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels« . Dans la partie Germanique, Tacite rapporte de même au chapitre IX « Parmi les dieux, le principal objet de leur culte est Mercure, auquel ils croient devoir à certains jours immoler des victimes humaines« . Il indique que les traîtres sont pendus à un arbre pour que tout le monde voit ce que l’on fait aux traîtres, et à l’inverse les lâches sont noyés et laissé à l’abri des regards. Il écrit « Cette diversité de supplices tient à l’opinion qu’il faut, en punissant, montrer le crime et cacher l’infamie« . Près de un siècle après la guerre des Gaules, Pomponius Mela le confirme les affirmations de Jules Cesar, mais il ajoute que la pratique est désuète. En effet, Pomponius Mela vivait sous l’époque de l’empereur romain Claude lequel a fortement réformé les Gaules et réduit le pouvoir abusif des druides, interdisant le sacrifice humain. Pomponius Mela écrit au livre III chapitre II traitant des Gaules « Elle est habitée par des peuples fiers, superstitieux, et autrefois si barbares, qu’ils regardaient les sacrifices, humains, comme le genre d’holocauste le plus efficace et le plus agréable aux dieux. Cette coutume abominable n’existe plus« . Pline l’ancien, ayant vécu au premier siècle, mentionne aussi d’ancien sacrifices récemment abolis et n’ayant plus cours au moment où il écrit au chapitre II (2) du livre VII (7) «  tout récemment les peuples transalpins étaient dans l’habitude de sacrifier des hommes« .

Nous pouvons préciser ici, que le sacrifice humain ne concernait pas seulement les celtes des Gaules et les germains, mais qu’elle fut également pratiquée par les romains dans les temps anciens. Ainsi Pline l’ancien note dans le livre XXX (30) chapitre III (trois) : « Ce n’est que l’an 657 de Rome, sous le consulat de Cn. Cornélius Lentulus et de P. Licinius Crassus, qu’il fut défendu par un sénatus-consulte d’immoler un homme; ce qui prouve que jusqu’à cette époque on faisait de ces horribles sacrifices« . Ainsi les rites ne sont point figés mais ils évoluent.

 

Offrandes actuelles

De nos jours, les offrandes consistent surtout en pain, galettes de farine, graines, vin, eau, hydromel et encens.

 

 

 

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