14 août 2019 ~ 0 Commentaire

Le celtique ancien

L’étude du celtique ancien est passionnante, délicate et fastidieuse. Elle s’inspire des inscriptions retrouvées attestant du mot, lequel est rapproché à un mot celtique moderne. il peut aussi s’agir d’une construction gaulicisé par comparaison entre les différentes langues celtiques modernes pour un même mot.

Il me parait judicieux d’écarter l’indo-européen, car cette langue éteinte depuis très longtemps, et sensée former un pont entre le sanskrit et les langues anciennes d’Europe, est elle même reconstruite. Il arrive que du celtique ancien reconstruit s’inspire du sanskrit, mais il est plus prudent de comparer avec les langues celtiques modernes.

La comparaison avec le latin, et les langues celtiques modernes, est utile car il est des mots celtiques modernes dérivant du latin, en particulier dans le breton. Au passage, le gallois est influencé par l’anglais, le mot peut changer d’orthographe et avoir la même prononciation. Il y a des mots en celtique ancien reconstruits ressemblants fort à des mots anglais ou allemands, certains mots en langues celtiques insulaires anglicisés ont pu être pris pour du celtique d’origine. Toutefois, il est surprenant de constater que des mots germaniques sont parfois semblables à des mots celtiques attestés. Mais, les deux populations ayant été voisines, cela explique certaines  ressemblances. Les inscriptions gallo-romains ont aussi pu comporter un mélange de mots romains et celtes dans la même phrase, rendant des mots tels que Dede, a donné, proche du latin Dedit, a donné, par exemple. Ou le mot Uiros, l’homme, proche du latin Vir et à l’origine du mot Viril. De fait, le nom de Sacrouiros est littéralement du latin, l’homme sacré. 

SUNP2284 - Copie

Tableau comparatif français, latin, gaulois, gallois, breton, irlandais, gaélique, latin, anglais, allemand. En rouge, les rapprochements avec le latin, en bleu le rapprochement avec les langues celtiques modernes ainsi que l’anglais et l’allemand.

Sur le tableau ci-dessus, les comparaison entre les langues celtiques, germaniques et le latin, donnent des résultats intéressants, concernant des mots gaulois dont certains sont attestés.

Le mot gaulois brebos, signifiant Castor, et lequel pourrait être attesté par la ville de Bibracte, n’est point comparable au latin Castorea. En revanche, il est autant proche des langues celtiques que des langues germaniques. Il se nomme bever en breton, bébhar en irlandais, biobhair en gaélique, beaver en anglais et biber en allemand.

Le mot frère a une consonance particulièrement commune tant latine que celtique et germanique. Tout comme le mot mois.

Le mot gaulois désignant le soleil a été supposé comme étant sonnos, relatif à la plaque du mois de Ciallos dont la mention de Sonnocingos a été interprétée par la marche du soleil. Mais il se serait dit aussi Grannos, du nom du dieu des sources associé à Apollon, dieu solaire que l’on nommait aussi Phebus. Le mot Sonnos semble alors proche de l’anglais sun et de l’allemand Sonne, quoi que ce mot peut aussi provenir du latin solis. Le mot Grannos rejoint l’irlandais grian et le gaélique ghrian, signifiant soleil.

Le mot gaulois Pimpe, ou pempe, attesté par les poteries, est incroyablement proche des langues germaniques, sans être pour autant lié au latin. Cinq se nomme pump en gallois, pemp en breton, five en anglais et fünf en allemand. En latin il se nomme quinque, auquel l’irlandais cuigear, et le gaélique coig, semblent avoir connu l’influence.

 Le mot gaulois sirona, soit le nom de la déesse Sirona ou Thirona, a été interprété par l’astre ou l’étoile. Mais on peut aussi l’interpreter par « (venant) du sol » s’agissant d’une source. Dont le sol se dit Thir en gallois. Toutefois, nous remarquons des concordances communes avec les langues germaniques et latines. L’étoile se nomme seren en gallois, sterenn ou steredenn en breton, star en anglais, stern en allemand et stella en latin.

Le mot gaulois reconstruit, Blato, signifie fleur. Dans cet exemple, nous retrouvons une distinction entre le latin, le celtique et le germanique. Le mot latin nommant la fleur est flos, ayant pu entraîner le mot anglais flower et le mot gaélique flur. Du reste, le mot fleur se nomme blodyn en gallois, bleunv et bleunienn en breton, Blath en irlandais, blume et blüte en allemand.

Le mot gaulois nommant la couleur blanche est Uindo mais aussi Albios attesté par une inscription, et par l’ancien nom des Alpes Albia. Ce mot peut provenir du latin albus. Il se nomme gwyn en gallois, gwenn en breton, white en anglais et weiss en allemand.

Le mot gaulois nommant l’été est Samonios, attesté par la plaque de Coligny. Il n’est point semblable au latin dont l’été se nomme Aestas, en revanche les langues celtiques sont à nouveau similaires aux langues germaniques. L’été se nomme samhradh en irlandais et gaélique, summer en anglais et sommer en allemand.

 

L’étude des langues celtiques et leur comparaison, en tenant compte de l’influence des langues extérieures, permet aussi d’écarter ou de douter sur certaines affirmations de mots en celtique ancien. Certains mots en celtique reconstruits ne semblent pas avoir d’équivalence dans les langues celtiques modernes et nous pouvons nous demander d’où viennent ces termes. Par exemple, le feu présenté sous le terme Aidu, proviendrait du veil irlandais Aed, il se dit davantage Tan en gallois et breton, Tine et Teine en irlandais et gaélique. Apia désigne l’eau, mais ce terme semble davantage lié au sanskrit Ap, tandis qu’il se prononce Dour en gallois (dwr) et breton. 

Un tableau comparatif français, gallois, breton, irlandais, gaélique, latin, celtique ancien, et auquel nous pourrions ajouter l’anglais, permet une étude comparative claire des mots celtiques, les liaisons entre elles ou avec les autres langues comme le latin ou l’anglais.

SUNP2941

Tableau comparatif en français, gallois, irlandais, gaélique, latin, gaulois. En rouge, les rapprochements avec le latin, en bleu les rapprochements avec les langues celtiques modernes.

Le tableau ci-dessus compare le gaulois reconstruit avec le latin et les langues celtiques. Nous voyons que le mot maison, tego en gaulois, correspond au langues celtique et diffère du latin domum. Il se dit ty en gallois, ti en breton, teach en irlandais, taigh en gaélique.

Le mot gaulois uiros, désignant l’homme, semble plus proche du latin vir, auquel semble avoir été influencé l’irlandais fear. Mais nous le retrouvons sous la forme de dyn en gallois, denn en breton et duine en gaélique.

L’amour et l’amitié sont deux mots proches dans les langues celtiques, Que l’on nomme Cara ou carantio en gaulois reconstruit. En latin, l’amour et l’amitié se nomment amare et amicita. l’amour se nomme cariad en gallois et karantez en breton. l’amitié se nomme karantez en breton, cairdeas en irlandais et gaélique.

Le chêne se dit quercus en latin, il est nommé deruos en gaulois reconstruit et nous le retrouvons de manière proche en gallois derw, en breton derv, en irlandais dair, en gaélique daraich. De même, le mot fils nommé filius en latin, et mapos en gaulois, par ailleurs attesté par l’inscription maponos, se nomme mab en gallois et breton, mac en irlandais et gaélique.

Le mot gaulois genos, naître, pourrait provenir du latin genus signifiant à la fois la naissance et le rang. Il a entraîné le mot genata, la fille, signifiant « née ». Naître se nomme genet en breton, la naissance se nomme ganedigezh en breton et genedigaeth en gallois.

 

Le celtique ancien comporte aussi des déclinaisons, dont la terminaison du mot change selon le contexte et répondant à une question (locatif : où ?, nominatif : qui, quoi ?, instrumental : par quel moyen ?, genetif : à qui, à quoi ?, accusatif : envers qui, envers quoi ?) La déclinaison s’adapte à au moins cinq terminaisons, soit les mots en -a, -os, -is, us, ir, ainsi que leurs pluriels respectifs. Les déclinaisons selon les modes étaient courants chez les populations anciennes, nous retrouvons aussi ce type de langage dans le latin, ainsi que dans le russe laquelle est l’une des rares langues d’origine européenne à avoir gardé ses déclinaisons.

déclinaisons

Déclinaisons selon les terminaisons de mots en gaulois, selon le tableau officiel

Les conjugaisons au présent ont été reconstituées de cette manière : 1er pers. sing. -o, 2d pers. sing. – i, 3ème pers. sing. -ti, 1er pers. plur. -omu, 2d pers. plur. -tis, 3ème pers. plur. -onti.

 

Le celtique ancien semble avoir été représenté par plusieurs dialectes celtiques différents, ainsi Strabon écrit au livre IV (4) chapitre I « les populations de l’Aquitaine formant, non seulement par leur idiome, mais encore par leurs traits physiques beaucoup plus rapprochés du type ibère que du type galate [ou gaulois], un groupe complètement à part des autres peuples de la Gaule, qui ont tous au contraire [un type de physionomie uniforme], le vrai type gaulois, et qui ne se distinguent les uns des autres que parce qu’ils ne parlent pas tous leur langue absolument de même, mais se servent de plusieurs dialectes ayant entre eux de légères différences, lesquelles se retrouvent aussi dans la forme de leurs gouvernements et dans leur manière de vivre« . 

Jules Cesar confirme cette diversité de dialectes celtique lorsqu’il écrit au Livre I chapitre I de la Guerre des Gaules «  Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois« .

 

 

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Seigneurdirige |
Eglise du Christ de Clermon... |
Habitants |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tournée FJ en Bretagne
| Jeanstune38
| Blog de Pierre-Yves LENOBLE