07 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

Les tribus germaniques

german

Les Germains étaient les tribus situées à l’est du Rhin, possédant leurs dénominations propres. Les romains les avaient divisés en cinq groupes, suivant le mythe germanique selon lequel le Dieu Mannus a eu cinq enfants, soit cinq groupes humains ayant aussi eu autant d’enfants qu’il y a de tribus.

Pline l’ancien, livre IV (4) chapitre XXVIII (28) : « Il y a cinq races germaines : les Vindiles, auxquels appartiennent les Burgondes, les Varins, les Carins, les Guttons; seconde race, les Ingévons, auxquels appartiennent les Cimbres, les Teutons et les nations des Chauques; troisième race, la plus voisine du Rhin, les Istévons, auxquels appartiennent les Cimbres ; quatrième race dans l’intérieur des terres, les Hermions, auxquels appartiennent les Suèves, les Hermondures, les Chattes et les Chérusques. cinquième race, les Peuciniens et les Basternes, limitrophes des Daces nommés précédemment « 

Tacite, moeurs des germains, chapitre II « D’anciennes poésies, leurs seuls monuments historiques, célèbrent le dieu Tuiston, né de la Terre, et son fils Mannus, comme les pères et les fondateurs de la nation. Ils donnent à Mannus trois fils, dont les noms firent appeler Ingévones les plus voisins de l’Océan, Herminones ceux de l’intérieur, et les autres Istévones. Plusieurs, usant du privilège que donne l’éloignement des temps, multiplient les enfants du dieu et les peuples dont la nation se compose, et qu’ils appellent Marses, Gambriviens, Suèves, Vandales. Ce sont même là selon eux les anciens et véritables noms ; celui de Germanie est moderne et ajouté depuis peu« .

Il semble exister une différenciation entre les tribus Suèves dont les cheveux en noeuds ou suebenknoten leur est caractéristique, et les autres tribus germaniques, par la langue et les coutumes. Jules Cesar et Tacite créent une distinction entre ces deux cultures. Tacite écrivit  » Par le langage et la coiffure, les Marsignes et les Buriens annoncent des Suèves. Les Gothins parlent gaulois, et les Oses pannonien ; c’est dire assez qu’ils ne sont pas Germains« . Tacite décrivit les Suèves ainsi « Il faut parler maintenant des Suèves, qui ne sont pas, comme les Cattes ou les Tenctères, une seule et unique peuplade. Ils occupent la plus grande partie de la Germanie, et sont divisés en plusieurs nations, dont chacune a conservé son nom, quoiqu’elles reçoivent toutes le nom commun de Suèves. Une coutume particulière à ces peuples, c’est de retrousser leurs cheveux et de les attacher avec un noeud : ainsi se distinguent les Suèves des autres Germains, et, parmi les autres Suèves, l’homme libre de l’esclave« .

Jules César décrit séparément les Germains et les Suèves. Il décrit les suèves ainsi, dans son livre de la Guerre des Gaules au livre IV (4) chapitre IV (4) : « La nation des Suèves est de beaucoup la plus puissante et la plus belliqueuse de toute la Germanie. On dit qu’ils forment cent cantons, de chacun desquels ils font sortir chaque année mille hommes armés qui portent la guerre au dehors. Ceux qui restent dans le pays le cultivent pour eux-mêmes et pour les absents, et, à leur tour, ils s’arment l’année suivante, tandis que les premiers séjournent dans leurs demeures.  Ainsi, ni l’agriculture ni la science, ou l’habitude de la guerre ne sont interrompues. Mais nul d’entre eux ne possède de terre séparément et en propre, et ne peut demeurer ni s’établir plus d’un an dans le même lieu. Ils consomment peu de blé, vivent en grande partie de laitage et de la chair de leurs troupeaux, et s’adonnent particulièrement à la chasse. Ce genre de vie et de nourriture, leurs exercices journaliers et la liberté dont ils jouissent (car n’étant dès leur enfance habitués à aucun devoir, à aucune discipline, ils ne suivent absolument que leur volonté), en font des hommes robustes et remarquables par une taille gigantesque. Ils se sont aussi accoutumés, sous un climat très froid, et à n’avoir d’autre vêtement que des peaux, dont l’exiguïté laisse une grande partie de leur corps à découvert, et à se baigner dans les fleuves (…) Rien dans leurs moeurs ne passe pour plus honteux ni pour plus lâche que de se servir de selle (…)  L’importation du vin est entièrement interdite chez eux, parce qu’ils pensent que cette liqueur amollit et énerve le courage des hommes« .

Strabon décrit les suèves ainsi, de manière plus globale et plus vague, au livre VII chapitre I la Germanie « les Suèves, nous l’avons dit, n’habitent pas tous l’intérieur de la forêt Hercynienne, on en trouve encore en dehors, et jusqu’aux frontières des Gètes : ils forment donc, en réalité, une très grande nation, puisqu’ils sont répandus depuis le Rhin jusqu’à l’Elbe, et qu’ils ont même quelques-unes de leurs tribus établies actuellement au delà de ce dernier fleuve« .

Puis, séparément, sont décrits les germains. Le texte de Tacite traitant de la Germanie  est probablement le plus précis et le plus complet, il semble s’être livré à un véritable travail anthropologique. Strabon pense que les Germains et les Gaulois sont de la même famille et qu’ils n’ont été distingués que par l’appellation de Gaulois pour les tribus de l’ouest du Rhin, et Germains pour les tribus de l’est de du Rhin. Car en effet, ces noms étaient récents et désignaient des tribus distinctes. Il écrivit au livre VII, chapitre I texte II « les Romains ont reconnu en eux les propres frères des Gaulois, et les ont appelé Germani, d’un mot de leur langue qui désigne les frères nés de même père et de même mère« . Jules Cesar créent une distinction tranchée entre les gaulois et les germains, les présentant comme deux civilisations ennemies. Tacite est plus nuancé, il reconnait les différences de dialectes, mais considère les gaulois s’étant établis au dela du Rhin parmi les tribus germaniques et s’étant eux-mêmes désignés sous le nom de germain. Il écrivit  »Les Trévires et les Nerviens sont les premiers à se dire issus des Germains, et à s’en faire honneur, comme d’une origine dont la gloire les sépare des Gaulois et les absout de la lâcheté reprochée à ceux-ci » et encore  »entre la forêt Hercynienne, le Rhin et le Mein, s’établirent les Helvétiens et plus loin les Boïens, sortis comme eux de la Gaule« .

Tacite décrit physiquement les populations de la Germanie comme ayant les yeux bleus et les cheveux roux, il écrivit Tacite, Germanie, « des yeux bleus et farouches ; des cheveux roux ; des corps d’une haute stature et vigoureux pour un premier effort, mais peu capables de travail et de fatigues, et, par un double effet du sol et du climat, résistant aussi mal à la soif et à la chaleur qu’ils supportent facilement le froid et la faim« .

Jules Cesar décrivit les tribus germaniques ainsi, dans le livre VI (6) chapitre XXI (21) « Les moeurs des Germains sont très différents ; car ils n’ont pas de druides qui président aux choses divines et ne font point de sacrifices. Ils ne mettent au nombre des dieux que ceux qu’ils voient et dont ils reçoivent manifestement les bienfaits, le Soleil, Vulcain, la Lune : ils ne connaissent pas même de nom les autres dieux. Toute leur vie se passe à la chasse et dans les exercices militaires ; ils se livrent dès l’enfance au travail et à la fatigue. Ils estiment singulièrement une puberté tardive ; ils pensent que cela accroît la stature de l’homme, nourrit sa vigueur, et fortifie ses muscles. C’est parmi eux une chose tout à fait honteuse que d’avoir connu les femmes avant l’âge de vingt ans ; ce qu’ils ne peuvent jamais cacher, car ils se baignent ensemble dans les fleuves, et se couvrent de peaux de rennes ou de vêtements courts, laissant à nu la plus grande partie de leur corps (…) XXII Ils ne s’adonnent pas à l’agriculture, et ne vivent guère que de lait, de fromage et de chair ; nul n’a de champs limités ni de terrain qui soit sa propriété ; mais les magistrats et les chefs assignent tous les ans aux peuplades et aux familles vivant en société commune, des terres en tels lieux et quantité qu’ils jugent à propos ; et l’année suivante ils les obligent de passer ailleurs. Ils donnent beaucoup de raisons de cet usage : la crainte que l’attrait d’une longue habitude ne fasse perdre le goût de la guerre pour celui de l’agriculture ; que chacun, s’occupant d’étendre ses possessions, les plus puissants ne chassent des leurs les plus faibles ; qu’on ne se garantisse du froid et de la chaleur par des habitations trop commodes ; que l’amour des richesses ne s’introduise parmi eux et ne fasse naître les factions et les discordes ; on veut enfin contenir le peuple par un esprit de justice, en lui montrant une parfaite égalité de biens entre les plus humbles et les plus puissants (…)  XXIII Il ne leur est jamais permis de violer l’hospitalité. Ceux qui viennent à eux, pour quelque cause que ce soit, sont garantis de toute injure et regardés comme sacrés : toutes les maisons leur sont ouvertes ; on partage les vivres avec eux« .

Beaucoup de ce que Jules Cesar décrit, se retrouve dans l’ouvrage de Tacite. Concernant la rotation des parcelles agricoles, ce dernier écrivit :  »Chaque tribu en masse occupe tour à tour le terrain qu’elle peut cultiver, et le partage selon les rangs. L’étendue des campagnes facilite cette répartition. Ils changent de terres tous les ans, et ils n’en manquent jamais« . De ce qui traite de l’hospitalité, Tacite écrivit  »Fermer sa porte à un homme, quel qu’il soit, semblerait un crime. Chacun offre à l’étranger une table aussi bien servie que le permet sa fortune. Quand ses provisions sont épuisées, le premier hôte en montre un second dans la maison voisine, et s’y rend de compagnie : les arrivants n’étaient pas invités ; peu importe, ils n’en sont pas reçus avec moins d’égards.  Connus ou inconnus ont les mêmes droits à l’hospitalité. Si l’hôte, en partant, demande quelque chose, l’usage est de l’accorder ; on ne craint pas d’ailleurs de demander à son tour. ». Les germains étaient des gens propres, se lavant à la rivière ou dans l’eau chaude tous les matins. Tacite confirme le bain décrit par Cesar « Au sortir du sommeil, qu’ils prolongent souvent jusque dans le jour, ils se baignent, ordinairement à l’eau chaude, l’hiver régnant chez eux une grande partie de l’année. Après le bain, ils prennent un repas ; chacun a son siège séparé et sa table particulière. Ensuite viennent les affaires, souvent aussi les festins, et ils y vont en armes. Boire des journées et des nuits entières n’est une honte pour personne » ainsi que les activités de la chasse « Le temps qu’ils ne donnent pas à la guerre, ils en passent un peu à chasser, beaucoup à manger et à dormir, sans s’occuper de rien« .

Pomponius Mela, accentuant dans les autres passages les trait négatifs des barbares, écrit dans son ouvrage description de la terre livre III chapitre III, Germanie « Ils se plaisent surtout à braver le froid, et vont tout nus jusqu’à l’âge de puberté, qui est, chez eux, très tardif. Devenus hommes, ils se couvrent d’une simple saie ou d’écorce d’arbre, même dans les temps les plus rigoureux de l’hiver. Nager est pour eux plus qu’un exercice, c’est une passion« . Cette nudité complète ou partielle est confirmé par Tacite lequel écrivit  »Ils sont nus ou couverts d’un léger sayon : ils ne font point leur gloire de la parure ; seulement ils peignent leurs boucliers de couleurs variées et choisies. On voit peu de cuirasses dans leurs armées, à peine un ou deux casques » ou encore « Ils ont tous pour vêtement un sayon qu’ils attachent avec une agrafe, ou, à défaut d’agrafe, avec une épine. A cela près ils sont nus, et passent les journées entières auprès de leur foyer. Les plus riches se distinguent par un habillement, non pas flottant comme chez les Sarmates et les Parthes, mais serré et qui marque toutes les formes. Ils portent aussi des peaux de bêtes, plus grossières vers le Rhin, plus recherchées dans l’intérieur, où le commerce ne fournit point d’autre parure« . Le bouclier en revanche, cité précédemment, et décoré avec soin, semble revêtir une importance capitale voir sacrée, elle est l’honneur du germain et probablement son alliance spirituelle à la tribu et aux dieux. Tacite écrivit  »Le comble du déshonneur est d’avoir quitté son bouclier : l’homme souillé de cette tache ne peut assister aux sacrifices, ni entrer au conseil public« 

 

Sur les terres germaniques, les femmes et les enfants bénéficiaient d’un égard profondément respectueux. L’infanticide était interdit, Tacite écrivit  »Borner le nombre de ses enfants, ou tuer quelqu’un des nouveau-nés, est flétri comme un crime« . La femme était regardée avec révérence, elle était sacrée, probablement aussi pour ses dons réputés en divination. Tacite écrivit  »On a vu, dit-on, des armées chancelantes et à demi rompues, que des femmes ont ramenées à la charge par l’obstination de leurs prières, en présentant le sein aux fuyards, en leur montrant devant elles la captivité, que les Germains redoutent bien plus vivement pour leurs femmes que pour eux-mêmes. Ce sentiment est tel, que les cités dont la foi est le mieux assurée sont celles dont on a exigé, parmi les otages, quelques filles de distinction. Ils croient même qu’il y a dans ce sexe quelque chose de divin et de prophétique : aussi ne dédaignent-ils pas ses conseils, et font-ils grand cas de ses prédictions. Nous avons vu, sous Vespasien, Véléda honorée de la plupart comme une divinité. Plus anciennement, Aurinie et beaucoup d’autres reçurent leurs adorations; et ce n’était point flatterie : ils ne s’imaginaient pas faire des déesses« . A ce propos, Jules Cesar, dans le livre de la Guerre des Gaules, mentionnait aussi au livre I (1) chapitre L (50) « Comme César s’enquérait des prisonniers pourquoi Arioviste refusait de combattre, il apprit que c’était la coutume chez les Germains de faire décider par les femmes, d’après les sorts et les règles de la divination, s’il fallait ou non livrer bataille, et qu’elles avaient déclaré toute victoire impossible pour eux, s’ils combattaient avant la nouvelle lune ». Cela se remarque encore pour la dot que le mari donne à son épouse. Tacite écrivit  » Ce n’est pas la femme, c’est le mari qui apporte la dot. Le père et la mère, ainsi que les proches, assistent à l’entrevue et agréent les présents. Ces présents ne sont point de ces frivolités qui charment les femmes, ni rien dont puisse se parer la nouvelle épouse. Ce sont des boeufs, un cheval tout bridé, un bouclier avec la framée et le glaive. En présentant ces dons, on reçoit une épouse. Elle, de son côté, donne aussi à l’époux quelques armes« 

Les tribus germaniques ont pratiqué l’esclavage, comme presque toutes les nations de l’antiquité en Europe et Orient. Cependant, les germains considéraient les esclaves, et les traitaient, d’égale ou presque avec les hommes libres. Tacite mentionne ce fait et il semble en être le seul. Il écrivit  »Les autres esclaves ne sont pas classés comme chez nous, et attachés aux différents emplois du service domestique. Chacun a son habitation, ses pénates, qu’il régit à son gré. Le maître leur impose, comme à des fermiers, une certaine redevance en blé, en bétail, en vêtements ; là se borne la servitude. Les soins intérieurs de la maison appartiennent à la femme et aux enfants. Frapper ses esclaves, ou les punir par les fers ou un travail forcé, est chose rare. On les tue quelquefois, non par esprit de discipline et de sévérité, mais dans un mouvement de colère, comme on tue un ennemi, à cela près que c’est impunément » ou encore «  »Le maître n’est pas élevé plus délicatement que l’esclave ; ils vivent au milieu des mêmes troupeaux, couchent sur la même terre, jusqu’à ce que l’âge mette l’homme libre à sa place, et que la vertu reconnaisse les siens« 

 

Les germains furent perçus comme étant aucunement influencés par les civilisations prestigieuses de la méditerranéenne comme la Grèce, l’Egypte, Carthage et Rome, dont les Gaules en ont bénéficié les techniques et les influences. Par ailleurs, le territoire germanique, et en particulier celui s’étendant au dela de l’Elbe, était inconnu aux romains.

La simplicité de vie et la rusticité frappaient les voyageurs méditerranéens. Strabon, au livre VII chapitre I, écrivit « C’est, du reste, une habitude commune à tous les peuples de la Germanie, que cette facilité à se déplacer, et qui tient à l’extrême simplicité de leur vie, à ce qu’ils n’ont ni champs à cultiver, ni argent à amasser, mais habitent de simples cabanes, demeures provisoires et éphémères, ne se nourrissant guère que des produits de leurs troupeaux, et cela à la façon des Nomades, qu’ils imitent encore en ce que, comme eux, ils sont toujours prêts à charger le peu qu’ils possèdent s sur leurs chariots, et à s’en aller, suivis de leurs troupeaux, où bon leur semble« . Tacite évoque aussi les troupeaux, lesquels semblent importants pour la survie des populations, il note par ailleurs le détachement de ces populations pour les métaux précieux, opposant deux visions différentes de richesses, l’or des romains et les troupeau des germains « On aime le grand nombre des troupeaux ; c’est la seule richesse des Germains, le bien qu’ils estiment le plus. Les dieux (dirai-je irrités ou propices ?) leur ont dénié l’or et l’argent. Je n’affirmerais pas cependant qu’aucune veine de leur terre ne recèle ces métaux : qui pensa jamais à les y chercher ? Ces peuples sont loin d’attacher à leur usage et à leur possession les mêmes idées que nous. On voit chez eux des vases d’argent donnés en présent à leurs ambassadeurs et à leurs chefs : ils les prisent aussi peu que si c’était de l’argile. Toutefois les plus voisins de nous tiennent compte de l’argent et de l’or, comme utiles au commerce« . Tacite décrit un monde très loin des somptuosités romaines et le raffinement des romains, il note « Leur boisson est une liqueur faite d’orge ou de froment, à laquelle la fermentation donne quelque ressemblance avec le vin. Les plus voisins du fleuve ont aussi du vin, que leur procure le commerce. Leurs aliments sont simples : des fruits sauvages, de la venaison fraîche, du lait caillé. Ils apaisent leur faim sans nul apprêt, sans raffinements délicats« . De même, il s’étonne des habitations éphémères des tribus germanique, et précise les cavités d’hiver dans lesquels est entreposé le fumier et où l’on trouve chaleur et sécurité. il écrit  »On sait assez que les Germains ne bâtissent point de villes ; ils ne souffrent pas même d’habitations réunies. Leurs demeures sont éparses, isolées, selon qu’une fontaine, un champ, un bocage, ont déterminé leur choix. Leurs villages ne sont pas, comme les nôtres, formés d’édifices contigus : chacun laisse un espace vide autour de sa maison, soit pour prévenir le danger des incendies, soit par ignorance dans l’art de bâtir. Ils n’emploient ni pierres ni tuiles ; ils se servent uniquement de bois brut, sans penser à la décoration ni à l’agrément. Toutefois ils enduisent certaines parties d’une terre fine et luisante, dont les veines nuancées imitent la peinture. Ils se creusent aussi des souterrains, qu’ils chargent en dessus d’une épaisse couche de fumier. C’est là qu’ils se retirent l’hiver, et qu’ils déposent leurs grains. Ils y sentent moins la rigueur du froid« 

Contrairement aux somptueux et fastes inhumations celtiques mentionné par Jules Cesar, ceux des germains étaient sobres. Ils pratiquaient la crémation ou érigeaient des tumulus. Tacite écrivit  »Nul faste dans leurs funérailles : seulement on observe de brûler avec un bois particulier le corps des hommes illustres. On n’entasse sur le bûcher ni étoffes ni parfums ; on n’y met que les armes du mort ; quelquefois le cheval est brûlé avec son maître. On dresse pour tombeau un tertre de gazon : ces pompeux monuments que l’orgueil élève à grands frais leur sembleraient peser sur la cendre des morts« .

Dans ces terres, peuplés de loups et d’ours, les bison des bois et orochs frappent aussi l’imaginaire des romains, cet annimal se nomme Urus. Ses cornes étaient utilisés comme cornes à boire pour les banquets importants. Jules Cesar, livre VI, chapitre XXVIII, écrit « Une troisième espèce porte le nom d’urus. La taille de ces animaux est un peu moindre que celle des éléphants ; leur couleur et leur forme les font ressembler au taureau. Leur force et leur vélocité sont également remarquables ; rien de ce qu’ils aperçoivent, hommes ou bêtes, ne leur échappe. On les tue, en les prenant dans des fosses disposées avec soin. Ce genre de chasse est pour les jeunes gens un exercice qui les endurcit à la fatigue ; ceux qui ont tué le plus de ces urus en apportent les cornes en public, comme trophée, et reçoivent de grands éloges. On ne peut les apprivoiser, même dans le jeune âge. La grandeur, la forme et l’espèce de leurs cornes diffèrent beaucoup de celles de nos boeufs. On les recherche avidement, on les garnit d’argent sur les bords, et elles servent de coupes dans les festins solennels« . Pline l’ancien confirme au livre VIII, chapitre XV « on y trouve des espèces remarquables de bœufs sauvages, les bisons à crinières, et le ures doués d’une force et d’une rapidité extrême« 

 

La religion des tribus germaniques, ou peut être les diverses spiritualités, sont lacunaires. Jules Cesar a parlé du soleil, de la lune et de vulcain sans connaitre les autres dieux. Mais il semble que les croyances étaient plus développés, à commencer par les dieux originels Tuiston et Mannus, ainsi que de déesses dont parle Tacite. La déesse terre était vénérée par les peuples près de la mer du nord et son culte consistait à circuler un char sacré annonçant la prospérité. Ce genre de char peut être supposé pour le char dit solaire de Trundholm par exemple, ou de manière plus éloigné dans les terres le char de Strettweg, et d’autres chars culturels de l’âge du fer. Il écrivit  »Viennent ensuite les Reudignes, les Aviones, les Angles, les Marins, les Eudoses, les Suardones et les Nuithones, tous protégés par des fleuves ou par des forêts. Ces peuples, pris séparément, n’offrent rien de remarquable : un usage commun à tous, c’est l’adoration d’Ertha, c’est-à-dire la Terre Mère. Ils croient qu’elle intervient dans les affaires des hommes, et qu’elle se promène quelquefois au milieu des nations. Dans une île de l’Océan est un bois consacré, et, dans ce bois, un char couvert, dédié à la déesse. Le prêtre seul a le droit d’y toucher ; il connaît le moment où la déesse est présente dans ce sanctuaire ; elle part traînée par des génisses, et il la suit avec une profonde vénération. Ce sont alors des jours d’allégresse ; c’est une fête pour tous les lieux qu’elle daigne visiter et honorer de sa présence. Les guerres sont suspendues ; on ne prend point les armes ; tout fer est soigneusement enfermé« . Les tribus sueviques et germaniques avaient aussi leurs bois sacrés. Tacite note  »Une partie des Suèves sacrifie aussi à Isis. Je ne trouve ni la cause ni l’origine de ce culte étranger. Seulement la figure d’un vaisseau, qui en est le symbole, annonce qu’il leur est venu d’outre-mer. Emprisonner les dieux dans des murailles, ou les représenter sous une forme humaine, semble aux Germains trop peu digne de la grandeur céleste. Ils consacrent des bois touffus, de sombres forêts ; et, sous les noms de divinités, leur respect adore dans ces mystérieuses solitudes ce que leurs yeux: ne voient pas« . Le culte à Isis peut s’expliquer par l’usage du sistre, instrument d’origine égyptienne pour le culte d’Isis et répandu en Europe. Des Sistres ont été également utilisés dans les Gaules dont il en a été retrouvé des vestiges. Ainsi, il ne s’agissait peut être pas d’un culte dédié à Isis, mais d’un usage rituel inspiré des rites étrangers. Les bois sacrés étaient les gardiens des objets sacrés que les germains emmenaient avec eux à la guerre afin d’assurer la protection des dieux, tacite relève «  Ils ont des images et des étendards qu’ils tirent de leurs bois sacrés et portent dans les combats« 

Tacite mentionne aussi le sanglier protecteur de la tribu des Estyens, symbole de la déesse mère, lequel d’une certaine manière, pourrait nous faire penser au sanglier de Soulac-sur-mer bien ce ces deux endroits soient fort éloignés. Toutefois, les Estyens semblent celtes de par leur langue, et le culte du sanglier est peut être en rapport avec Belisama ou une déesse équivalente à Minerve. Il écrit  »En revenant donc à la mer suévique, on trouve sur le rivage à droite les tribus des Estyens. Ils ont les usages et l’habillement des Suèves ; leur langue ressemble davantage à celle des Bretons. Ils adorent la Mère des dieux. Pour symbole de ce culte, on porte l’image d’un sanglier : elle tient lieu d’armes et de sauvegarde ; elle donne à l’adorateur de la déesse, fût-il entouré d’ennemis, une pleine sécurité« .

Les tribus germanique accordaient de l’importance aux divinations. Ils tiraient des pièces de bois sur lesquels étaient inscrit des symboles, et en confirmaient les présages par le vol des oiseaux. Cette manière de tirer puis confirmer les oracles était répandue dans le monde antique en général, et c’est par ailleurs ainsi que fut élu le premier roi romain Numa.

Tacite remarque « Il n’est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent une baguette à un arbre fruitier, et la divisent en plusieurs morceaux qu’ils marquent de différents signes, et qu’ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche » puis viennent la confirmation des oracles des devins par les signes des dieux  »on sait aussi, chez ces peuples, interroger le chant et le vol des oiseaux. Un usage qui leur est particulier, c’est de demander même aux chevaux des présages et des révélations« 

Comme dans le calendrier celtique Sequani de Coligny, sur lequel le Tiocobrextio, le jour royal, semble être placé à la pleine lune, les Germains observaient aussi la lune afin de fixer les dates importantes, lesquels se déroulaient lors de la pleine lune ou de la nouvelle lune. De même que pour les gaulois, les germains commencent le jour à partir du coucher du soleil. Tacite écrit  »On se rassemble, à moins d’un événement subit et imprévu, à des jours marqués, quand la lune est nouvelle, ou quand elle est dans son plein ; ils croient qu’on ne saurait traiter les affaires sous une influence plus heureuse. Ce n’est pas, comme chez nous, par jours, mais par nuits, qu’ils calculent le temps ; ils donnent ainsi les rendez-vous, les assignations : la nuit leur paraît marcher avant le jour« .

 

Tacite mentionne une tribu germanique pacifiste vivant dans l’actuelle Tchequie, soit les Hermondures :« Ils passent librement et sans gardes partout où ils veulent ; et, tandis que nous ne montrons aux autres peuples que nos armes et nos camps, nous ouvrons à celui-ci nos maisons de ville et de campagne, qui n’excitent pas ses désirs. Chez les Hermondures est la source de l’Elbe, fleuve célèbre et jadis connu de nos légions« 

 

Les Germains ont aussi occupé une partie de l’île de Bretagne, tout comme les Ibères et les celtes des Gaules. Tacite, dans le livre Agricola, Description et histoire de la Bretagne, chapitre XI (11), écrivit « Quant aux premiers occupants de l’île, on ne peut savoir avec certitude, comme toujours dans le cas de peuples barbares, s’ils s’agit d’autochtones ou s’ils sont venus d’ailleurs. Les Bretons présentent plusieurs types physiques, ce qui permet d’étayer autant d’hypothèses. Par exemple, les cheveux roux des Calédoniens et leurs membres allongés attestent une origine germanique. Basanés et souvent crépus, les Silures, dont le territoire est opposé à l’Espagne, donnent à penser qu’autrefois des Ibères ont traversé la mer et se sont fixés sur leurs terres. Ceux qui vivent le plus près de la Gaule ressemblent à ses habitants : soit l’origine ethnique reste marquante, soit le climat a conditionné le type humain dans ces régions qui se font face. En examinant la question dans ses grandes lignes, on peut, malgré tout, concevoir que des Gaulois ont occupé l’île du fait de sa proximité : on peut y retrouver les rites et les croyances religieuses propres à la Gaule; la langue n’est pas très différente« 

A la frontière entre le pays germanique et celui des sarmates, Tacite mentionne une tribu archaïque que l’on dirait vestige de la préhistoire, les Fennes.

« Quant aux Fennes, ils étonnent par leur état sauvage et leur affreuse pauvreté. Chez eux point d’armes, ni de chevaux, ni de foyer domestique. Ils ont pour nourriture de l’herbe, des peaux pour vêtement, la terre pour lit. Toute leur ressource est dans leurs flèches, qu’ils arment, n’ayant pas de fer, avec des os pointus. La même chasse nourrit également les hommes et les femmes : car celles-ci accompagnent partout leur maris, et réclament la moitié de la proie. Les enfants n’ont d’autre abri contre la pluie et les bêtes féroces que les branches entrelacées de quelque arbre, où leurs mères les cachent. C’est là que les jeunes gens se rallient, que se retirent les vieillards. Ils trouvent cette condition plus heureuse que de peiner à cultiver les champs, d’élever laborieusement des maisons, d’être occupés sans cesse à trembler pour leur fortune et à convoiter celle d’autrui. Ne redoutant rien des hommes ni des dieux, ils sont arrivés à ce point si difficile de n’avoir pas même besoin de former un voeu« .

 

 

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